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Utopie de l'entreprise libérée

Entreprise libérée, une utopie ?

L’entreprise libérée ou holacratie est le mode de gouvernance dont tout le monde parle aujourd’hui. Il consiste en la suppression des managers et des intermédiaires entre la direction et les salariés ainsi qu’en la modification de toute la structure de travail et des conditions qu’elle entraîne : plus d’horaires fixés, plus de hiérarchie, plus de contrôle. Ce qui engendre en théorie moins de stress au travail et plus de créativité. Mais l’entreprise libérée est-elle aussi libérée que ce qu’elle n’y paraît ?

Holacratie, une cause noble

L’holacratie, dans les faits, est instaurée afin de réduire la pression que subissent les salariés au quotidien et de développer leur créativité. Avec ce nouveau mode de gouvernance, ils sont maîtres de leur carrière : définissent leurs objectifs, leur planning pour les atteindre, définissent également leurs horaires de travail, ne sont plus contrôlés. Pourquoi ? Afin de gagner en efficacité et en agilité. On ne parle plus de « services » mais de « cercles de travail » auto-organisés qui se retrouvent autour d’une table tous les matins afin de faire le point sur les objectifs fixés, mesurer les résultats et s’adapter. Emerge de cela une intelligence collective permettant d’atteindre un niveau de performance accru et une adaptation à l’environnement. L’entreprise libérée demande également une grande organisation sans laquelle rien ne peut fonctionner.

Sur le plan humain, l’holacratie suscite également notre curiosité : tous les salariés sont impliqués dans les décisions de l’entreprise, ils sont tous entendus et écoutés ce qui leur confère un sentiment d’appartenance important. Ils se sentent valorisés et sont par conséquent plus impliqués donc plus performants. Chaque salarié détient un certain pouvoir qu’il ne pouvait pas obtenir dans une structure pyramidale. Cependant, l’entreprise libérée prône la suppression des égos individuels : est-ce possible dans une structure où l’Humain devient le coeur de l’entreprise ?

Entreprise libérée, une supercherie ?

Comme nous venons de le souligner, l’entreprise libérée redistribue les pouvoirs de l’entreprise. Mais peut-elle réellement redistribuer les pouvoirs alors que tous les acteurs de l’organisation sont censés être au même niveau ? De plus, un leader élus par les salariés qui supervise chaque cercle de travail et valide les décisions n’est-il pas un… manager ? Elus, certes, mais un manager quand même ? Qui par essence détient plus de pouvoir que ses collaborateurs… La suppression de la hiérarchie n’est que superficielle. La direction est toujours présente et l’intermédiaire aussi, mais sous un autre nom et une autre forme que dans une entreprise traditionnelle.

De plus, comment parler de liberté, de libération même, quand toute une organisation se remodèle sans prendre en compte les peurs des salariés et leur besoin de sécurité et en les obligeant à changer ? Chez Zappos, entreprise américaine de vente de chaussures en ligne, 1 salarié sur 7 a décidé de démissionner quand l’holacratie a été mise en place. Nous parlons beaucoup de bénéfices pour le salarié mais les inconvénients ? Dont la suppression de postes… Un salarié n’a-t-il pas son mot à dire quand on lui impose un nouveau mode de travail ? D’ailleurs, tout le monde n’est pas fait pour le travail collectif, certains cerveaux se dépassent dans l’individualisme, la compétition, car ils en retirent une certaine fierté, une reconnaissance qu’ils ne retirent pas lorsqu’un projet se concrétise grâce à tout un ensemble de cerveaux. Oublier ses intérêts personnels (valorisation, fierté, évolution, prime) est-il au final, bénéfique à l’entreprise ? N’oublions pas que dans chaque groupe, il y a toujours au moins un meneur et un suiveur. Le meneur n’a pas mis ses intérêts personnels de côté, bien au contraire…

Aussi, nous parlons de diminuer la pression au travail en choisissant ce mode de gouvernance mais la pression est toujours là. Sous une autre forme encore une fois. Tous les salariés se contrôlant mutuellement, la pression sociale devient beaucoup plus forte qu’avant. Que va dire Monsieur Dupont si je prends des congés ? Que pense Madame Ferdinand du fait que j’arrive au bureau à 11h ? Comment Madame Martin perçoit ma façon d’aborder les choses ? On n’attend plus de nous que nous soyons synchronisés avec notre manager mais avec toute une équipe. C’est donc plusieurs jugements qui pèsent sur nous.

Pour finir, la question que l’on peut se poser quant à l’aspect financier du modèle est totalement légitime. Les salariés vont gagner de nouvelles compétences, élargir leur champ d’action, innover plus, créer plus mais ne gagneront pas plus d’argent. La différence avec une entreprise traditionnelle réside dans le fait que cette dernière ne se revendique pas être un modèle où les salariés sont libres et libérés de tout. L’holacratie oui. Et c’est une illusion puisqu’ils s’investissent plus mais leur salaire reste le même.

Quant au dirigeant, le gain financier est non négligeable puisque l’entreprise libérée implique la réduction des charges fixes.

Sommes-nous faits pour adhérer à un tel système ?

La mise en place d’une entreprise libérée engendre une dose de changement importante qui engendre lui-même tout un lot de peurs émanent des salariés, mais aussi des managers et des RH. Les RH qui n’ont plus tout à fait leur place et qui devront s’investir de façon certaine pour faire valoir leur légitimité et les managers, sur qui l’on comptait énormément jusqu’à présent, qui étaient en lien direct avec la direction et qui exerçaient un certain pouvoir sur leurs collaborateurs qui se retrouvent aujourd’hui au même niveau hiérarchique que tous les salariés de l’entreprise. La peur de perdre son identité, de perdre ses repères, de perdre son pouvoir et son autorité (qui confèrent aux détenteurs un sentiment de supériorité rassurant) et de perdre son droit d’exister au sein de l’entreprise surgissent alors pour rendre ces individus bien plus stressés et anxieux qu’auparavant.

D’ailleurs, certains salariés ne se plieront jamais à un tel changement obligatoire justement à cause de son caractère non négociable. Tous les Hommes ne sont pas égaux face à la docilité et une partie d’entre eux ne souhaiteront tout simplement pas changer leurs habitudes et leurs processus de travail par opposition à la direction mais aussi comme vu précédemment, par peur (bien moins facile à assumer).

Et puis… Il y a le cadre. Ce cadre que l’holacratie tend à supprimer mais qui est pourtant si important ! L’Homme a toujours eu besoin d’un cadre, d’une ligne conductrice, ce n’est pas par hasard s’il a élaboré des lois pour régir la société. Parce que dans toute organisation, il y a des règles à respecter qui permettent aux Hommes de vivre ensemble dans le respect des autres, le respect des méthodes et processus et le respect de soi-même.

Pensez-vous que l’entreprise libérée existe ? Quelle est votre vision de l’entreprise idéale ?

Sources :


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